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Publié le 25/11/2025

Le Grand Palais de Charleroi : AgwA distingué par le prix AR New into Old 2025

Chapex
© AgwA

L’intérêt international pour la réutilisation en architecture ne cesse de croître, et le prix AR New into Old, décerné par Architectural Review en est devenu l’un des principaux indicateurs.

Depuis 2017, cette distinction met à l’honneur les projets capables de donner une nouvelle vie à des bâtiments existants, en révélant leurs potentiels plutôt qu’en effaçant leurs traces.

Mention spéciale pour AgwA

L’édition 2025 confirme une nouvelle fois l’importance du réemploi dans le débat architectural contemporain : quinze projets, issus notamment du Danemark, du Mexique ou de la Chine, ont été retenus, et deux projets belges ont été primés, parmi les six lauréats de l’année.

Aux côtés du centre de soins Monnikenbos à Zoersel (urA), le Grand Palais de Charleroi, conçu par AgwA et Architecten Jan de Vylder Inge Vinck (AJDVIV), reçoit une mention spéciale qui confirme la position singulière des bureaux belges comme pionniers en matière de transformation du bâti existant.

Révéler la structure et son contexte

Dans son article consacré au Grand Palais, Audrey Contesse, critique, historienne et directrice de l'ICA, décrit un projet « radicalement transformé qui émerge dans un paysage politiquement tumultueux ». Elle retrace l’histoire intense de ce bâtiment construit en 1954, symbole de la puissance industrielle carolorégienne, puis abandonné après le déclin du charbon et de la sidérurgie.

Elle souligne la portée symbolique de la réouverture du lieu en 2024, après sept années de chantier : le bâtiment, autrefois vide, est devenu bureau de vote lors des élections locales, révélant la profondeur de son ancrage dans la vie civique de Charleroi.

Pour Audrey Contesse, la force du projet réside dans le choix d’AgwA et d’AJDVIV de préserver la structure existante plutôt que de chercher un geste spectaculaire. En travaillant de l’intérieur, en tirant parti des masses, des vides et des logiques structurelles, ils réactivent un bâtiment qui raconte à la fois l’histoire de Charleroi et sa transformation.

Une transformation fondée sur la retenue et l’intelligence constructive

Lors du lancement du concours international en 2024 pour adapter le Palais des Expositions, certaines propositions prévoyaient de démolir certaines parties du bâtiment et d’insérer une nouvelle structure centrale.

AgwA et AJDVIV ont au contraire opté pour une approche de réduction, de révélation et de recomposition :

  • au nord, un immense volume sous sheds restaurés, laissé volontairement brut et non chauffé ;
  • au centre, un espace ouvert aux éléments, transformé en jardin vertical, où les coupoles en briques de verre dialoguent avec la végétation ;
  • au rez-de-chaussée, un grand hall reconnecté à la ville par la rue de l’Ancre.

Cette stratégie revendique une architecture « ouverte », qui ne se clôt pas sur elle-même, mais laisse place à des adaptations futures.

« Nous savons que la peinture ne durera qu’environ vingt ans. Et ensuite ? Nous n’en savons rien », admet Harold Fallon, cofondateur d’AgwA. « Peut-être que d’ici là, les usagers auront installé de nouvelles façades. Les bâtiments évoluent ainsi. » Le projet est donc pensé non comme un objet figé, mais comme un support pour les usages à venir.